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15/09/2009

Mésaventures (1) Pas de photo au Hezbollah-land




Jeudi dernier, en fin de matinée. Rendez-vous pour un sujet radio avec une immigrée clandestine soudanaise dans le quartier de Jnah, au Sud de la ville, sur la route de l'aéroport. Je suis accompagné d'une assistante sociale de l'ONG Soudanaise "Caritas" qui m'aide à rencontrer des familles. Le quartier de Jnah fait partie de ce que l'on appelle la "banlieue-sud" de Beyrouth, contrôlée par les deux partis chiites: Amal, et le Hezbollah. En arrivant du centre-ville, il suffit de lever les yeux pour s'apercevoir des lignes de démarcations. Dans le taxi, sur le grand boulevard qui mène vers "dahiyé" (la banlieue, en arabe), tous les lampadaires sont ornés d'affiches du parti de Dieu montrant les visages des martyrs de la guerre de l'été 2006 contre Israël. Ici bien plus qu'ailleurs, les pelleteuses creusent les restes des immeubles détruits. Un chantier géant d'où repoussent déjà quelques immeubles flambants neufs. Et puis, sur la droite, l'entrée du camp palestinien de Sabra.

Dans la "dahiyé", l'usage de l'appareil photo est totalement proscrit, c'est de notoriété publique. Mais Beyrouth-sud, c'est immense (500 000 habitants), et certains quartiers sont, paraît-il, moins "quadrillés" que d'autres. C'est, m'avait-on dit, notamment le cas de Jnah. Ou du moins, certains endroits, mais visiblement pas, mais alors pas du tout, là où nous nous sommes rendus. En s'engageant dans une petite rue, l'assistante sociale de Caritas m'autorise à prendre des photos, mais "discrètement". Le mot n'a pas de sens ici. Trente mètres plus loin, trois scooters nous frôlent et nous bloquent le passage. Très probablement des miliciens du Hezbollah "No photos here!" me dit l'un deux dans un anglais approximatif. Puis la discussion - plutôt l'interrogatoire - s'engage, en arabe, avec l'assistante sociale: "vous êtes qui? vous faites quoi? pourquoi faites-vous des photos?" On me demande de montrer mes deux ou trois photos floues prises fébrilement un peu plus bas, et des les effacer. Je m'exécute. On présente nos excuses et on en reste quittes pour l'instant.

A l'intérieur, je sors mon enregistreur pour commencer l'interview. Je n'ai même pas le temps de poser ma première question que l'assistante sociale m'intime l'ordre de planquer mon matériel. On frappe à la porte toutes les cinq minutes, jusqu'à ce qu'on tombe d'accord sur le fait qu'il vaut mieux qu'on s'en aille. Le milicien note nos coordonnées, les mains pleines de suie. Garagiste, sans doute. "L'armée doit être dans le peuple comme un poisson dans l'eau", disait Mao. Dans le taxi, pas de photos non plus, ni d'enregistreur audio. "Ils sont sans doute en train de nous suivre", m'explique le chauffeur. La paranoïa s'installe. Moralité: pas de photos du tout dans Beyrouth-sud. Ou en demander préalablement l'autorisation au bureau de presse du Hezbollah ou au "chef de quartier". Ce que font en fait tous les journalistes, libanais ou étrangers, qui travaillent ici...Erreur de débutant, en somme. W.B.

Commentaires

Une si intéressante aventure que vous êtes en train de vivre et qui me donne beaucoup d'idées.

J'espère que vous retournerez au camp de sabra.

J'attends avec impatience de vous lire à nouveau.

Bon courage, bonne inspiration.

Écrit par : jérôme B. | 15/09/2009

il faut être pris ... bon courage ! tu peux en discuter avec muriel, elle est plutôt bonne pour savoir ce qui se fait ou pas. et très sympa.

Écrit par : les pintades | 16/09/2009

c'est à toi de voir. as-tu vraiment envie de demander la permission avant chaque reportage? idem pour le Sud-Liban? ce n'est pas l'Etat libanais qui fixe les règles du jeu sur son propre territoire...

Écrit par : david | 22/09/2009

Les commentaires sont fermés.

 
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