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12/09/2009

"Abu Madoff" ou comment un financier libanais a impliqué le Hezbollah dans une pyramide de Ponzi

Le 2 septembre dernier, son arrestation a mis le Liban en émoi. Salah Ezzeddine, puissant homme d'affaires et financier chiite né au Sud-Liban, aurait dilapidé l'argent de ses clients à hauteur de plus d'1,5 milliards de dollars. Il a été mis en examen juste après s'être déclaré en faillite et a été inculpé pour détournement de fonds et fraude dimanche.

Salah Ezzeddine.jpgDirecteur de l'importante maison d'édition Dar al-Hadi, spécialisée dans les livres religieux et notamment ceux du Hezbollah, il possédait également une chaîne de télévision pour enfants. Parallèlement, il avait beaucoup investi dans le secteur des hydrocarbures. La chute des prix du baril en 2008 lui font subir de très lourdes pertes. C'est à ce moment-là qu'il aurait tenté de les compenser en attirant toujours plus de nouveaux investisseurs, à qui il faisait miroiter des taux d'intérêts allant, selon les sources, de 25% à 60%! Une version proche orientale de la désormais célèbre pyramide de Ponzi qui lui vaut le surnom de « Bernard Madoff » libanais.

Sa réputation parfaite d'homme pieux, construite à coups de dons à des associations caritatives a beaucoup joué dans la confiance que les petits clients lui ont portée. Parmi les victimes de cette affaire, de nombreux habitants des villages du Sud-Liban, épiciers, étudiants, commerçants... A Yaroun, l'un des villages les plus touchés, où près de la moitié des résidents auraient confié leurs économies à Salah Ezzeddine, le montant des pertes est estimé à 150 ou 200 millions de dollars. A Toura, « plus de 250 personnes se seraient vu promettre un rendement de 25% », a raconté le maire du village à l'AFP. Le « Madoff » local compterait également parmi ses clients floués de nombreux hommes d'affaires des pétromonarchies du Golfe, qui pensaient investir dans des projets commerciaux, culturels et médiatiques.

Mais c'est surtout le Hezbollah qui se fait du souci. Le parti de Dieu, dont plusieurs responsables seraient impliqués, voit s'effriter son image d'organisation irréprochable, loin de toute corruption. Interviewé par le journal Al Akhbar, son responsable des affaires internationales a nié toute relation du Hezbollah avec Salah Ezzeddine autre que les liens amicaux qu'il entretiendrait avec certains de ses dirigeants. Mais deux indices prouvent l'implication du parti dans les affaires du Madoff libanais. Selon l'agence al-Markaziya, c'est le service de sécurité du Hezbollah qui aurait repéré Ezzeddine, revenu secrètement au Liban après une fuite de quelques jours pour mettre sa famille à l'abri. Le parti de Dieu l'aurait alors questionné lui-même, avant de le livrer aux autorités. Autre fait notable, c'est un député du Hezbollah, Hussein Hadjj Hassan, qui aurait porté plainte le premier après avoir perdu près de 400 000 dollars. C'est d'ailleurs un chèque sans provision de 200 000 dollars adressé à ce député qui aurait précipité la faillite de Salah Ezzeddine.

Dans les villages du Sud-Liban, c'est l'omerta. Les habitants se gardent de commenter l'affaire. Au mieux, ils avouent connaître un voisin arnaqué, sinon ils couvrent Salah Ezzeddine, en remettant sa bonté et sa religiosité en avant. Personne ne se risque à citer le Hezbollah, très implanté dans la région.
Certaines sources citées par la presse libanaise affirment que les conséquences pour le Hezbollah pourraient être plus graves que lors de la guerre de juillet 2006 contre Israël.
C'est aussi un choc pour Liban, qui se disait à l'abri de la crise économique et qui se retrouve avec une mini-réplique d'un des plus gros scandales financiers de l'année.

 

 
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